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04 – Poèmes du voyage

Un plat bouillant

 

Nos amis, lors d’un dîner,  nous ont copieusement  nourris de riz basmati. Quelques ajouts de curcuma,  de cumin et  de brins de coriandre affolant les papilles.

Ils nous racontent leur dernier périple en Inde. Partis de France en moto, ils ont mis 1 mois pour atteindre leur but, s’arrêtant dans divers lieux historiques afin de visiter la région.

Narrant leur voyage, leur violon d’Ingres,  avec pleins de détails croustillants, les musiques entendues et les instruments qu’ils ont partagés avec les hindous : un sitar, une flûte Bansuri, des bracelets de danse, des bols chantants.

La musique est une passion si grande, un voyage à lui tout seul parmi les partitions, les nuages de notes, les clefs du ciel, le paradis des cinq sens.

Les corps se délassent, bougent, swinguent jusqu’au bout de la pénombre. Un brasier flambe sur la plage. Nous sortons le râga et le tâla, deux instruments fondamentaux de la musique indienne et improvisons autour de quelques accords de Ravi Shankar. Les flammes lèchent nos visages, se mêlant à nos corps brunis. Comme ensorcelé, les corps enfiévrés, nous bravons le froid de l’air marin lunaire, dansons jusqu’au petit matin.

Le narrateur parle du voyage, de son voyage comme des partitions de notes, de mots sonores, semblable à une musique douce exhalée par les contrées lointaines aux imaginaires à la Jules Verne. Les senteurs d’un chicken Bombay acheté dans un commerce yonnais apportent son lot de goûts succulents où la musique des cinq sens s’harmonise, s’agite en lui.

Il ne te reste plus qu’à cueillir ses bouquets sans tarder, car, même un plat bouillant devient tiède avec le temps.

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 04/10/2018

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Boucan du diable

 

Les bruits légers des clapotis de la Seine Se mêlent aux klaxons

Des automobilistes impatients

Sur le quai St-Michel (érigé en 1857 sous le règne de Napoléon III)

Un canard se pose avec fracas sur les flots calmes du fleuve

Les pompiers déclenchent leur sirène

Quel boucan du diable !

Un pigeon s’envole, se réfugiant à l’ombre des regards

Un canard s’ébroue, fait le beau.

Entre la cathédrale Notre-dame et le Pont-Neuf (commencé sous Henri III, achevé sous Henri Le Grand IV – 1578-1607)

Entre les ponts Sully et Marie,

La Seine étend ses tentacules le long des berges

Reflets, rides zigzaguant sur les flots.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 08/05/2018

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Renaît de ses cendres

 

Siffle vent sur les flancs du train

Glissent les mots sur les branches feuillues des chênes

Tu n’es que silence et brillance

Images latentes

Réminiscences de pensées ancestrales

Sur la toile opaque noire

L’aube blanchit

L’espoir renaît des cendres d’un passé cicatrisé, scarifié, oublié

Tu fais jaillir alors la lueur même minime d’une faille,

Qui, perceptible, devient béante

Parmi les ombres défaites, les récits de nos âmes

Qui, d’un rivage à une berge, navigue à contre-courant

D’une terre menacée , maltraitée, souillée.

Embarqué malgré ton empathie,

Tu te frayes un chemin caillouteux, brinquebalant

Parmi une nature verdoyante et joyeuse.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 08/05/2018

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Matin – midi – soir

 

Quand l’aube naît

La terre gronde

Tressaillements mécaniques

Mi-serpent, mi-anguille

Aux écailles inaltérables

Aux brillances inoxydables

Le métro se faufile presque partout

Enfin, oui, presque !

Le piéton, anarchiste du temps

Joue à cloche-pied avec les règles

Se moque éperdument des normes

Prends le contresens des préjugés

Brise les tabous de nos vies surfaites.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 07/05/2018

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Piéton anarchiste

 

Paris entre fascination et répulsion

Poubelle d’or et de vent

Le laid fait le beau

Ҫa grimace

Le Vernis craquelle

Le promeneur amusé

Décontenancé

S’abreuve d’art

Jusqu’à la lie.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 07/05/2018

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Écrire c’est si facile

 

Pense-t-il !

C’est simplement aligner

Quelques mots sur le papier

Non, c’est peindre, décrire

Une réalité, un état d’âme

En une histoire,

En une poésie brève

C’est un stylo bien affûte

Qui dégaine toute sa verve

En une prose survitaminée

Écrire c’est si gracile

Indolents signes

Dans la blancheur

D’une aube latente.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 06/05/2018

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Au square Cluny

 

Ҫa court, ça crie

Ҫa se trémousse

Ҫa se chamaille

Fête dans le quartier

Les bouteilles plastiques claquent

En jets d’eau

La chaleur dénude les épaules, les épaules et les dos

Ҫa pulse dans les corps

Électrisés de désirs charnels.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 06/05/2018

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Métro – boulot – Dodo

 

Ronflement sourd du monstre reptilien

Les regards se suspendent

Une larme coule

Un petit garçon métissé attristé

Un homme à la mine renfrognée

Scrute son propre reflet

Un couple septuagénaire rit, discute,

Vibre dans le même élan fraternel.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 05/05/2018

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Né là-bas

 

Né là-bas, ici et ailleurs

Tu voyages, défais les fils qui te relies aux premiers cris

De la naissance aux traversées solitaires

Tu te refais une conscience renaissante

Eh, fils et père du monde !

T’effeuilles les peaux écailleuses de l’océan

Ardoises d’écumes

Un solo indigo dans les flots abyssaux

T’es vibrato sur les cordes alto d’un corps sirène

Mère des océans, tu glougloutes, bruisses d’algues

Mêlée d’étoiles filant dans un univers

Multidirectionnel

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 23/02/2018

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La vieille hindou

 

L’enjeu est de se réapproprier le chemin qui va se fondre toutes les frontières.

La vieille hindou au sari bariolé, rieuse, aux rides boisées, accueille à bras ouvert l’hôte, le marcheur en quête d’un bonheur partagé.

Elle rie, brise les murs du silence, ses diversités de sens eurasiennes.

Son regard fixe mais mouvant se  plonge littéralement dans mes viscères.

Je m’imagine déjà fixer ma yourte comme un colocataire installé.

Je viens colporter mes semis occidentaux.

Rusée, peut-être pas plus que moi, la sagesse éloquente, elle me prend dans ses bras

Une explosion intérieure, continents et frontières se défont, se brisent et se fragmentent

en archipel, en îles solidaires.

Les frontières ne sont-elles alors que des blocs artificiels, des routes limitées ?

Est-ce une Europe éclatée, explosée qui interdit l’esprit solidaire ?

Non, pas de ça ici !

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com  –  23/11/2017

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Voyage insulaire

 

Voyage, voyage

Dans les terres océanes

Dans les continents jetés

Au vent fou des millénaires.

Être là et s’enfouir dans les ondes vibrantes

Des bleus insulaires

Plier bagage dans les nuées

Des bleus azurés, envolées d’imaginaire.

Loin de nos terres semées dans les hautes sphères

De promesses entre ciel et terre

Partir, rester, erratique dilemme

Le voyage défait nos certitudes.

Les bagages grands ouverts

Comme les pages d’un livre

Les voyages insulaires ne nous laissent pas indemnes.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 20/10/2017

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Deux yeux me zieutent

La nature me côtoie, me visite, m’insubordonne

Que me veut-elle ?

Vient-elle m’apporter ce lot d’interrogation, de curiosité végétale

que son aura irradie en moi ?

Ah l’impertinent, ce regard d’enfant aventureux !

J’enveloppe le tronc de mes bras tendres

 Ses veines me revigorent

Ah, la voilà ma prochaine maison !

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com

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Montpellier du 27 juillet au 1er août 2017

L’Europe

 

A la terrasse de l’hôtel,

La végétation déjeune dans nos assiettes

Tortueuse, langoureuse, elle guette nos faits et gestes

Elle s’invite à nos tables

Elle se nourrit d’un bol d’eau, d’un bol d’air et d’un bol de terre

La nature urbaine se repaît de nos restes alimentaires

Elle ne les ingurgite pas

– Oh,non, ouille, elle a mal au ventre !

Un estomac trop sensible qui préfère les fruits et légumes

Elle devient colère

Le fric est l’éthique immorale des hommes politiques

D’aubes pures, nous l’aimons notre nature

N’en faites pas un décor contrefait sans âme.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 01/08/2017

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Jardin de la gare de Montpellier

 

Attente !

Détente !

Au jardin de la gare

J’y suis peinard

A méditer sur mon banc

A attendre le départ

Du train Montpellier-Bordeaux

Les bancs offrent du réconfort

Les discussions se font sans effort

Personne connaît mon histoire

Une dame susurre des récits farfelus

De pigeons et de drôles d’hurluberlus

Je m’assoupis comme un loir

Volant sur le dos d’un pigeon.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 01/08/2017

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Trajet Montpellier-Bordeaux

 

Sitôt grimpé dans le train

J’apprends le métier de porteur de valise

Il faut dire qu’une demande provenant d’une si jolie femme

Ne peut pas se refuser

Sans mollir, je me frotte au métier de psychologue

pour obsessionnel compulsif de vitraux

Un cas très rare et volubile qui m’accapare.

Je ne sais pas raccorder les récits qui dérapent. Les détails qui déraillent.

Une histoire qui n’est plus qu’un grimoire

Un sentier de mémoire qui se perd

Dans les hautes montagnes de ses souvenirs éteints.

Il m’explique par grands gestes des faits souvent anodins

Découpe dans sa moelle, des maux

Qui saignent la page

Qui imprègnent sa rage

Alors, oui, continuer, malgré ce monde chaotique

Briguer la justesse de mes mots

Blanchir les monts libres de ses lendemains qui chantent

C’est suivre le train continuel de ses désirs

Un voyage perpétuel.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 01/08/2017

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Le carrousel de la Comédie

 

Tournez carrousel de la comédie

Tournez carrousel de la fausse modestie

Tournez carrousel des maintes envies

Tournez carrousel des douces folies

Tournez carrousel des demoiselles les plus jolies

Virevoltez folle jeunesse de bonne compagnie

Alignez les bonnes notes et bourses bien fournies

Virez les importuns en mal de jalousie

Vivifiants artistes que l’on applaudit

Sur la Place de la Comédie.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 31/07/2017

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Crécelles

 

Les criquets laissent filer

Leur petite musique légère

Rythmée par les claquements

Des pièces du jeu d’échec

Les voix vives des joueurs,

Leurs gestes rapides, leurs moues moqueuses sont tues

Par le bercement du vent

Par la chaleur douce de fin d’après-midi

Douceurs ocres des murs des maisons

Rêves métissés d’une Algérie

Imagée, imaginée, idéalisée.

 

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 31/07/2017

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Rues célèbres

 

Sur la Place Jaurès, s’élève, en l’an 1500, une grande loge de marchands crée par Jacques Cartier, le noble argentier du roi Charles VII.

Ce grand homme prie Sainte-Anne en jetant du petit sel contre les mauvais sorts du bas-peuple.

La cloche de l’église sonnant cinq heures, il part avec ses gardes du corps et jette ses lots de sels sur les étals de la friperie qui l’horripilent.

– Regarder ses tas de vêtements qui s’abîment et attirent toutes sortes de maladies.

Joseph Cambon, pas dupe, se cache derrière sa devanture l’Ancien Courrier  où derrière se prolonge la petite loge 19. Il craint ce riche commerçant qui souhaite faire disparaître tous ses gagne-petit, ses gagne-misère qu’il les appelle ainsi.

Ses petites gens qui considèrent la vie comme un bras de fer.

Joseph n’admet pas que des balances s’en prennent au Puits du Temple et convoque l’Ordre de Malte pour diaboliser ce cloaque qu’il désigne ainsi comme un désordre  innommable.

Il convoque le Petit Saint-Jean qui pratique des recettes de sorcellerie et qui  vénère les Sœurs Noires. Ce petit homme au yeux perçants connaît toutes les incantations de la Magie Blanche qui se pratiquent derrière les persiennes tirées des devantures de la Draperie Rouge, de l’Argenterie, de l’Aiguillerie.

Une tenancière du bar Le Bouc d’Or du nom de Clémence Delait s’affuble d’une barbe noire les soirs de la pleine lune.

Joseph et le Petit Jean s’ingénient à effrayer les commerçants embourgeoisés qui veulent chasser les artisans fiers de leur petite loge, ses malotrus friqués possédant ainsi la loge la plus spacieuse.

Joseph s’en moque de ses prises de bec sans fondement. De sa petite loge 19, il surplombe les allées et venues des plus jolies femmes.

Ce soir, une de ses femme tant désirée, Rosa Bonheur vient pour déguster son hydromel. Belle comme une chatte, il l’enivre de galipettes.

Du bonheur dont ils sont prédestinés, il devient leur cheval de bataille.

Joseph ralliant le nom de famille de son épouse. Il porte en lui-même un nouveau cheminement plein de clarté et surtout plein de bonheur.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 31/07/2017

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Ville chauffée à blanc

 

Vibre cité

Tes sentiments bouillonnent

Tes ruelles s’entremêlent

De trésors cachés

Où Krishna à main nue gratte un sitar

Où les cathares survolent les monts cévenols

Vibre cité

Ton cœur brûle de mille clameurs

Slames, ma chère beauté, aux ruelles courbes

Slames, ma folle aimée aux désirs fourbes

Tu t’abreuves à l’eau fraîche

De la fontaine des Trois Grâces

Vibre cité

Ville chauffée à blanc

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 30/07/2017

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Place de la chapelle neuve

 

Les fenêtres s’entrouvrent sur la Place de la Chapelle Neuve

Survols des âmes avides d’élucubrations ésotériques

Des bribes de chuchotements, les pierres parlent

D’histoires amoureuses anciennes

De disputes passées et vaines

De disparitions irrésolues

Des pierres de la chapelle,

La patine du temps défile

En un cortège de vieux écus malhabiles

L’écu glorieux des saltimbanques moyenâgeux

Ici-bas,

Ces valeureux artistes

Des funambules de l’art sensible et éphémère

Artistes circassiens, musiciens, clowns, danseurs, marionnettistes

Là,

Un cinéma d’ombre mêlé de lumière.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 30/07/2017

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Vieux têtards

 

Vieillards aux troncs tordus, crevassés

Tortueux et tourmentés

Ils sont nos guides et nos consciences

Des silhouettes habitées, vrillées

De tout ce qui nous remue

Leurs orbites d’ombres sont creusées

Par des histoires très anciennes

La lumière nous rend hébétée, bestiale

Ré-assombrissons-là, la cruelle mégère !

Le mystère est un lieu

Qui se cherche à tâtons

Entre deux états

Recule un peu

Tu verras tout défiler.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 29/07/2017

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Médire

 

Dire tout sur rien

Des mots sans queue, ni tête

Des armées d’alphabets

Balayées par le vent anonyme

D’une nature revancharde.

Dire quoi quand un nombre incalculable

De poètes, de philosophes et autres pontes

Débitent des sentences tranchantes

Sur les ardoises de nos écoles.

Médisances que de nous sermonner

Que nous ne sommes plus que

Des perroquets sans conscience.

Non, quelle gageure !

D’humble condition, j’écris sur ce qui m’émeut

Me fait rire et me fait enrager.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 28/07/2017

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Suis-je ?

 

Suis-je le train poursuivant la paysage ?

Suis-je le paysage filant en dehors du train ?

Suis-je ma réalité dénichant des mots savamment calibrés ?

Suis-je un éclat de vers entamé par des rimes dissonantes, éclatées,

Des césures dynamitées ?

Suis-je le poète, l’éponge même de mes sentiments les plus beaux mais aussi les plus farfelus ?

Suis-je l’impotent face à la puissante et complexe machine économique moderne ?

Suis-je ?

Suis-je ?

Je ne suis qu’un apprenti acharné de la poésie.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 28/07/2017

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De gais lurons

 

Sans gais lurons

Point de galopins

Ni de gueux grisés

Ni de grogs gouleyants

Gargouillis de gaz

Gorgées goûteuses

Dans un bistrot plein

De gaillards et de gourgandines

Ils se gargarisent de gasconnades et de galipettes gargantuesques

Cela gueule jusque tard dans la nuit

Les étoiles gigotent, graciles sous les robes écarlates

Des désirs inachevés.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 27/07/2017

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Toi, l’homme

 

Le sang de nos ancêtres

Pulse dans nos veines

D’entre les draps s’immiscent

Les contes lumineux

De nos chères têtes blondes

Toi, jeune fille qui gigote

Devant ta maman

Impassible et impuissante

Toi, l’enfant qui cueille le fruit

Avant qu’il ne mûrisse.

Toi, l’homme adulte qui veut tout connaître

Imposant ses connaissances

Comme des vérités absolues.

Toi, le Temps, cette nature qui gouverne nos vies.

Alors, seules les impulsions d’éclats de soleil

Sont nos guides.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 27/07/2017

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Chemins enlacés

 

De chemins en lacets,

je marche parmi les odeurs enivrantes des sapins,

une forte odeur de sève mêlée de soleil et des suées de tout mon être.

Je me défais du trop plein comme la mue du lézard.

Je jette mon téléphone portable du haut de la montagne.

Je lâche ce qui m’encombre.

Je défais les contraintes.

Je pétris les hasards.

J’allume les étoiles

J’entame mon envolée sur la voie lactée.

Non pas de champagne, ni de bagarres,

ni de flirts mais la poésie du regard et de l’instant bref.

Celle des grands espaces du rêve.

Les rênes du Petit Prince en lutte avec sa lune imaginaire

L’astronome en quête de divin.

Déloge le réel et le défenestre

Dans la queue des comètes.

Saoules-toi de fêtes sans queue, ni tête

Vivre et se suffir à soi-même !

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com  –  04/07/2017

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Le voyageur sans bagage

Partir où, visiter ce grand pays tant désiré, la Russie, il emmène l’essentiel : l’appareil photo, le carnet d’écriture et quelques vêtements éparpillés dans la valise à roulette.

A l’aéroport de Paris, la piste est encombrée de touristes courant dans tous les sens affolés par l’inertie du personnel.

L’arrivée à Vladivostok se fait dans un déchirement de métal, de crissement de pneus. Dès l’ouverture du SAS, les vacanciers sont éjectés comme des bagages superflus.

Pas de répit, une semaine, c’est court pour les visites guidées. Il s’est entraîné à la marche à pied durant des semaines entières. Faut pas déconner quand même, c’est qu’il y a plein de musée à découvrir.

Il hèle un taxi pour visiter le mémorial du sous-marin à Vladivostok.

Notre jeune officier japonais Hito se presse, il est déjà en retard. Il rouspète dans le taxi, fixe sa montre sans cesse. Enfin, dépêchez-vous, il ne me reste qu’un petit quart d’heure avant que la visite guidée ne débute.

Sitôt débarqué, une foule immense, hébétée attend l’ouverture des portes du musée.

Hito descend promptement du véhicule, court pour prendre sa place.

Une lumière estivale de fin d’après-midi baigne la scène.

Il met son appareil photo en joue et cible les groupes de touristes agglomérés entre les statues et les décorations.

Un présent amnésique qui se dérobe sans cesse.

Le musée ouvre enfin ses portes, des cris de joie ponctuent l’avancée houleuse de la foule. Les membres du personnel constituent des petits groupes afin de réguler les entrées et sorties. Hito parvient à franchir le SAS du fameux sous-marin russe que son père avait connu. Il lui racontait  alors ses périples dans la mer Baltique.

Sitôt entré dans la pièce principale du musée, une jeune femme asiatique attire son attention.

Messieurs, mesdames, suivez-moi, nous allons commencer la visite. Complètement hypnotiser par son timbre de voix et son sourire énigmatique, il ne cessa de l’observer sous toutes les coutures shootant comme un paparazzi.

A la fin de la visite, il l’interpella

– Eh,  je voudrais faire quelques photos de vous et du sous-marin !

– Ok, je veux bien poser pour vous ! Attendez un peu, je suis décoiffé et il fait chaud ici.

Ouf, j’ai soif, un peu de thé me fera du bien, merci, oh, là, vous allez un peu vite, quel risque prenez-vous de renverser votre thermos de thé sur votre appareil photo, ne vous brûler pas ! (eh là , elle chuchote dans sa langue « Qu’est-ce qu’ils ont ses foutus touristes à se démener comme des excités ! Euh, oui, oui, je me presse, oui, le sourire bien large ! Dès fois, qu’on ne verrait pas mes dents jaunes ! Eh, j’espère qu’il va me filer des dollars et me payer un coup à boire.

Et dire qu’il va me la poster sur les réseaux sociaux. Mais, quelle tronche vais-je encore avoir ! Je vais passer pour un dindon, eh, là, les farceuses de frangines qui me vont me lyncher de répliques bien senties – Ah, là, là, regarder-là notre amie friquée qui se pavane !

Je fais semblant de ne pas comprendre toutes ses explications. Il s’agite et me dit que je n’arrête de baragouiner. – Donnez-moi un billet  ou je stoppe tout ! C’est bon, en plus, je suis pas payer à jouer la poupée made in china. Vous savez Monsieur, cela peut coûter cher les poses photos !

– Est-ce que c’est enfin fini Monsieur, et, comment vous appelez-vous ?

– Je m’appelle Hito – Ah, vous êtes chinois !

– Non, je viens du Japon ! De la ville de Kyoto exactement.

– Ok, eh, eh, cela vous dirait de m’inviter à un petit resto ! C’est que tous ses prises de vues m’ont affamé. Vous me paierez bien un supplément ! Surtout que vous me plaisez.

– Euh, vous êtes sûr ! Rouge comme une tomate, il ne sait plus quoi dire. Il bafouille, se recoiffe secoué par les révélations de cette jolie inconnue. Il se relève prêt à partir.

Elle s’énerve – Non, ne partez pas, laisser moi quand même quelques billets !

– Oui, voici 50 dollars ! – Merci Monsieur !

La jeune femme murmure quelques reproches – Il ne sait même pas son prénom !

Ne suis-je qu’un décor, qu’une image orientale fabriquée par vos esprits occidentaux ?

Ne serait-il qu’un présent éparpillé, qu’un présent pressurisé ?

Ou ne serait-il qu’un présent futurisé ?

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 02/05/2017

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Le vent t’amène

 

Un soir, au soleil couchant, une orange planète vient se poser sur le rebord de ma fenêtre. Elle me donne des ailes.et une envie d’échapper du béton où je vis.

Je sors dans la nuit à sa recherche l’appareil photo sur mon épaule. Je marche, je marche, je marche….Je cherche la petite lumière dans la nuit sans lune. Ah, est-elle cachée sous ce réverbère ? Je frissonne mais les ombres menaçantes n’ont pas d’emprise sur moi.

Ouf ! Des petites lueurs aux fenêtres. Oh, la, la !  Douces auras urbaines. Des hommes sont passés par-là. J’entends leurs pas ? Là, une maman et sa fille, une petite vieille qui marche.

Un adolescent traverse en courant. Des traces, des empreintes sur le bitume.

– « Où es-tu mystérieuse planète ? » J’arpente les ruelles. Je gravis les marches.

-« Y-a-quelqu’un ? » – «  qui est-là ? » – « Répondez ? »

Une voix dans la nuit me parle. – « Ô poète du bitume ! Aurais-tu la prétention de t’accaparer l’astre solaire ! » Viens donc plutôt faire la fête avec nous, photographe, somnambule.

Je pars, je marche dans ma cité, puis je m’endors dans les fourrés du parc.Je suis ma route, la valise à la main. Bien malin, ah, celui qui sait quel chemin je prends.

Je vais vers ma petite planète orange. Je ne suis pas celui qu’on imagine.

Je ne suis pas celui qui vit parqué dans un assemblage de béton. Je suis, je suis, je suis le marcheur. Je débroussaille les routes et les talus. Je ne veux que l’essentiel : La puissance du vent et l’obsédante pluie.

Marcher, et marcher encore… Des raccourcis, des rallongements.

Je baille, je frissonne. Que de kilomètres parcourus sur la terre de mes ancêtres ?

Qu’ai-je aperçu à l’horizon ? Un sabotier

– « Eh, monsieur le sabotier, je veux une paire de sabots confortables, aller, du 32 au 48 ! Ce n’est pas important ! J’essaye la paire.  Ouille, j’ai mal ! »

Qu’est-ce que j’aperçois, une  ombre, entre les sapins !

– « Holà, monsieur le forgeron, tu ne me reconnais pas ? Aller, inscris mon nom sur ce bracelet » qui marque mon passage en ce lieu.

Je voudrais retrouver la chaumière, celle qui me réchauffait mon cœur solitaire.

Des souvenirs épars me reviennent. L’odeur du café fumant, le journal froissé sur la table. Des guirlandes de mots, et des lambeaux de silences. Je pars, je pars loin, loin, loin

Un capitaine m’embarque sur son bateau.

–<< Cache-toi. !>>Je dois être le seul skipper à bord.

Je vogue d’un continent à un autre avec le vent des globes.

Viens, je t’emmène dans une Afrique inconnue

-«  Entends-tu les tam-tams ? »

Que se passe-t-il ?  Je ne sais plus très bien qui je suis, ni où je suis. Un arc-en-ciel devient un pont qui me mène dans une tribu. Je danse dans un tourbillon d’éclats de rires. Je swingue sur la plage, jusqu’au bout de la nuit. Mon cœur bat à perdre haleine tellement la musique me pénètre. Je suis transpercé dans mes veines. Transe, transe… Je chute sur le sable chaud.

Un monde inconnu me visite, une lumière m’aveugle. Un vent souffle à mes oreilles.

La fête est finie. La fête est finie.

Quelques notes de musique résonnent dans ma tête.

Les musiciens reviennent comme des ombres et jouent une musique étrange.

Où sont-ils ? Ils ont disparu.

Là, devant moi, un reflet, c’est toi ma planète orange ?

Je cours à sa rencontre, saute dans les vagues. Ah, ah !

De drôles de plantes surgissent des abysses de l’océan.

– Quelles formes bizarres ! Des solanées, le vent me souffle,

-« où sont tes ancêtres ?>> Des belladones,

-<<où sont tes ancêtres ?>> Des jusquiames

-<<où sont tes ancêtres ?>> Des valérianes,

-<<où sont tes ancêtres ?>> Mais, j’entends des voix qui m’appellent.

Mon inspiration vacille aux mille et une lueurs de la nuit.

Je croyais tout contrôler mes pensées, mes actes. Tout m’échappe.

La Nature me prend dans un tourbillon de rêveries, irréelle nature.

Je ne parviens pas à percevoir les frontières entre le rêve et la réalité.

Pourtant, j’entends des glougloutements. Sapristi ! J’ai froid, l’eau rentre dans mes chaussures. Je sors péniblement mon pied gauche de la boue des marais. J’emprunte une zone moins humide qui me parle de mon grand-père.

-« Souviens-toi, il pêchait à main nue la baudroie et la morue. Ses mains écorchées saisissaient l’oursin dans les rochers. »

Au loin, le clocher faisait résonner les dimanches à l’église. Je me souviens de mon arrière-grand-mère. Elle amidonnait des coiffes pour sa famille.

N’oublie jamais de rêver mon enfant !

Rêve, rêve, dans le vent !

Ô petite planète orange

qui devient bleue.

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com 

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L’artisan des mots

 

L’artisan attise les mots au feu de sa rébellion

Peau hérésie, des mots passions

La pointe de la plume  lui fouaille les chairs,

Ô planète orange qui brûle en moi !

Fruit savoureux qui prend la couleur chatoyante  de l’Afrique

Comme un mirage qui attend sa réalisation.

Je suis l’artisan-poète qui consume son débit de mots

Brasier syllabique, infanticide de la langue,

Je rêve à ce noir qui s’assied à mes côtés.

Un soir où les veillées embrasaient nos corps

Feux des souvenirs, brûlures d’un passé scarifié

Corps-poème, peau que j’aime,

je ne suis que feu et passion.

Nous sommes des milliers à parler d’une même voix.

La même voix qui nous mènera loin, au-delà des océans.

 

Y-a-t-il un sentier au creux des vagues salées ?

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com –  14/03/2017

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Les voix de tes ancêtres

 

Je pars de mon Afrique natale, je marche, loin… loin…

Je dors où je peux m’abriter, buissons, fourrés, clairière

Les nuits blanchissent toujours les jours qui passent

Je me réfugie dans les rêveries des fêtes de mon village

Où se mêlent le suc parfumé des oranges,

Le parfum mentholé des pins, de miel d’Eucalyptus.

Souviens-toi !

Je reprends la route.  Ma route

Des kilomètres de questionnements.

Mon périple, sera-t-il vain ?

Les nuits blanchissent toujours les jours qui passent

Des pétards explosent. Déchirement de métal. Peur. Cloué au sol.

Est-ce une conjuration ? Une évasion fictive ?

Clash, flash, des images trash, cris d’hystérie… La tempête se calme.

Des parfums d’oranges se mêlent aux épices.

Une silhouette trapue se devine entre les fourrés.

Je sursaute. L’homme m’interpelle – Eh, l’ami, qui es-tu ?

– Mon nom est l’humain qui se mêle au ciel, à la terre et aux océans.

Il répond –  Eh,  où vas-tu ?

–  Je viens d’au-delà des océans, de mon Afrique rêvée

– Pourquoi rêvée? Tu n’es pas d’ici

– Je suis en transit. Les parfums, les souvenirs d’enfance me ramènent sans cesse là-bas

– Tu es d’où alors ? – D’ici et de là-bas. Mon cœur saigne. Habites-tu la forêt ?

– Oui, une cabane en bois que j’ai restauré ayant peu de ressources.

– Viens mon ami marcher, loin dans les plaines, à travers les routes et les océans.

Un goût de suc d’orange sanguine parfumé déjà me fait saliver.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 14/03/2017

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Voix de l’Afrique

 

Je marche, je marche, je marche… Les habitations brillent dans les rues sombres

Je marche, je marche, je marche… J’attends la chaumière

Qui saura réchauffer mon cœur ?

Cette maison est pareille à une étoile filante trouant l’épaisseur de la nuit.

Ouvrira-t-elle ses portes ?

Jette un rai de lumière sur ta nuit ! Peins la cité avec ton âme

Griffonne tes mots sur les murs. Ouvre les volets sur tes rêves.

Il faut escalader la barrière du parc.

La Nature n’appartient-elle qu’à ses propriétaires ?

Je m’arrête au pied d’un parterre fleuri. Je m’endors…

Un capitaine m’embarque dans une Afrique méconnue.

Je vogue d’un continent à l’autre. Un arc-en-ciel devient

un pont qui me mène dans des tribus inconnues

Je ne sais plus très bien qui je suis, ni où je suis.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com

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Il a gelé dur dans cette bourgade américaine

 

Les maisons particulières, vite montées et vite vendues, jalonnent les rues anonymes.

Les automobiles bon marché de cette ville ouvrière longent la façade blanchâtre d’une petite maison. La neige compacte paralyse cette cité. Les déneigeuses ne balayeront pas les traces de pas, les empreintes de mains laissées par des hommes aux visages creusés de rides soucieuses.

Les ouvriers de la cité enlèvent tant bien que mal les couches floconneuses durcies sur les pare-brise. Ils leur ont fallu monter et descendre des quantités de bouteilles d’eau pour gratter ferme au point d’avoir leur poignet douloureux.

Du perron de leur maison, les hommes s’activent, prennent possession d’une cité à priori endormie.

Le taux de chômage est si important que leurs propriétaires vendent leurs logements à perte. Les délocalisations ont plongé toutes les petites villes américaines dans un anonymat sombre.

Notre homme s’était construit une vie souterraine dans son cagibi. Un nid douillet loin des bavardages, des tracas bruyants de la ville.

Charpentier et menuisier de métier, travaillant sur les chantiers, quand le travail manquait, il connaissait tous les spécificités des matériaux du fer au bois. De par son expérience, il avait aménagé sa cuisine en confectionnant ses propres étagères en bois, ses armoires peintes, ses sculptures en fer forgé.

Cela lui permettait de caser ses réserves de boites de conserves, de sucres, de cafés pour pallier aux commerces chers. Il essaimait sa maison de créations colorées pour briser la monotonie de ce monde monochrome au formol. C’était sa façon à lui de cacher la lumière faible que le peu de soleil poussiéreux laissait entrevoir par une fenêtre riquiqui, enfin cela faisait allusion plutôt à un hublot.

Il venait juste de vendre sa maison pour une bouchée de pain.

Il partait déprimé sous un ciel de neige. L’hiver allait être rude.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 11/12/2016

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Froide réalité

 

Froid intense

Lignes des cimes lointaines

Si terrifiantes

Comme un carnaval de masques

Brisant la nuit sans lune

Dénicher l’auberge, vouloir dormir à tout prix

M’enfouir dans les lueurs chaudes des traînées d’étoiles

Au sillage du transsibérien semant des rêves hypnotiques.

Là, caresser, là, les folles graminées.

Inventer mon oreiller d’herbes, un abécédaire amoureux dédié

Aux lèvres si bleues de mes rêves

Telles des chemises fanées et pourtant si bien pliées.

La maison n’est pas à vendre

– Regarde maman, on a jeté les nuages dans le ciel !

La froide réalité dévore la bourgade en quartiers désordonnés

Vies en déroutes, villes chaotiques.

Urgence, urgence…

Les cafés se dépeuplent, les boites de conserves clairsemées,

Les boites de sucres nageant à contre-courant.

La nuit américaine enfile les rues, les boulevards en brochettes tagadas.

Fuir, fuir l’anonymat des périphéries faméliques.

Casser les murs, les murailles, les cloisons, les prisons de nos âmes

Concasser les autos playmobiles, les armes, les tanks, les esprits guerriers.

Rétablir les ponts, les stations aux essences fruitées,

Des paquebots de mots s’absentent sur les fleuves.

…silences coupants…

Mc Murphy plombe ses silences impalpables de chantiers innombrables

Mains pantelantes, membres désaccordés,

Besoin hurlant de sang neuf

Un casting de seconde main s’opère.

Les bras cassés aux inventeurs désincarnés

Dévastent la scène, écaillent le vernis trop frais.

Rassemblons visage, tête et corps en des fragments de rêves

Retrouvons enfin la chaleur du foyer

Réintégrer enfin l’auberge de notre propre réalité.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 11/12/2016

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Le petit Jules

 

Le petit Jules aime mordiller les brins d’herbes sauvages.

Il sent la pluie arriver. Son papi René dit toujours quand la pluie débarque,

ses douleurs reviennent.

– Grand-père René, viens, regarde les nuages noirs, ils se rapprochent !

– Oui, j’ai vu mon petit Jules, le temps vire à l’orage.

Le petit garçon voit bien qu’il fatigue, il se courbe de plus en plus sous le poids du travail,

dans les champs, il s’échine à récolter quantité de blés mûrs. Sans aide extérieure, il ne peut pas prendre de repos. Sa femme est partie préférant vivre en ville.

Les saisons passent, filent sous les cieux azurés aveyronnais. Les deux comparses partent des journées entières, récoltent des herbes sauvages, des champignons. Leur chien Mirza les accompagne, jappant devant sa rondelle de saucisson tant méritée. Il en redemande.

Il se roulera encore et encore dans les blés secs.

Les saisons passent, filent sous les cieux azurés aveyronnais.

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 10/08/2016

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Les deux fillettes

 

Le froid des forêts aveyronnaises dépose ses filets de brume sur les bois morts.

Deux fillettes jouent dans les bois, cherchent des recoins où la lumière joue avec les ombres jusqu’au plus profond des chemins où se dessinent des silhouettes sans visages.

Elles se mettent à la recherche de feuilles, de brindilles, d’herbes disparates.

À l’aide de la terre humide et de leurs doigts habiles, une forme grossière se dessine. Elles lui fabriquent des bras et des jambes, confectionnent des ustensiles de cuisine.

Elles entament une discussion. – Eh, regarde ! Sa tête bouge, elle nous répond !

– Tu crois ! N’est-ce pas ton imagination qui te joue des tours ?

Le froid des forêts aveyronnaises dépose ses filets de brume

sur les morceaux de bois mort.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 10/08/2016

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La diagonale du rêveur

Je traverse canal, champ, forêt et fleuve.

Eh, regarde, le ciel azuré, la quiétude,

La douceur du vent et du soleil.

Te souviens-tu des longues balades

Où nous rêvions, loin des bruits de la ville,

Nos mains caressaient le sable si doux,

Qu’il nous évoquait nos ancêtres,

Leurs amours semèrent fleurs, arbres fruitiers,

Maisons et châteaux sur cette terre.

 

Attente

Est-ce le paradis idéal, une île à conquérir ?

Allez, souquez ferme, matelots !

Il n’y a plus de courants

Ce n’est pas vrai dans ce pays

Ils sont toujours en grève.

 

 Á  l’encre  ensablée

Les embruns des océans,

Les lointains horizons

Nous rappelaient nos origines

Contrées que nous atteignions presque

Sans  savoir où elles nous menaient.

 

Au  fil de l’horizon

Partir à l’aventure

C’est suivre quoi, un horizon plat ?

Fermez quelques secondes les yeux

Apprenez à voir autrement. Prenez un brin de soleil

Ajoutez des fragments de mots

Agrémentez-les de pensées fleuries

Épicez-les d’une pointe d’humour

Faites ressortir toutes les nuances

Des goûts mêlés, les sens éveillés.

 

Débordement

Les pêcheurs inventent des récoltes miraculeuses

Des poissons arc-en-ciel peace and love

Des poissons bleus naïfs

Des poissons soleil amoureux

Des poissons montgolfières aventuriers

Des poissons crayons écrivains

Des poissons muets passe-partout

Des poissons citron pressés

Des poissons cornichons insatisfaits

Des poissons OVNIS qui sont partout

Des poissons ronds dans la lune

Tout ce beau monde régale nos papilles et nos âmes d’enfants.

 

Ancrage

S’emplir  de bleu

S’enivrer d’embruns

Gravir sentiers et îlots

Nos cœurs ballottent au plus profond des abysses.

 

Périple

Suivre le fil de la plume

La mouette prend ses ailes

Inspire, survole

Ancre nos émotions au ciel

Délivrant des fragments de mots

Expiration salutaire.

 

Liberté

Elle attend le navire

Se love dans la végétation

Vas-y saisit la vague !

Laisse-la glisser

Embrasse ses douces lèvres azurées

Ivre navire dans le sillon

Des vaguelettes scintillantes d’étoiles.

 

Boomerang

Êtes-vous  sûr que votre ticket de voyage est valable ?

Vous avez bien vu que cet itinéraire était factice

Partez sur une grande île qui n’existe pas

Ne vous inquiétez pas ?

Elle ressuscite lors la marée redescend.

 

De ciel et de bois

Les dunes  évoluent si l’être humain élève la nature

Vers l’exigence et la générosité

La végétation prend toute la dimension

De sa variété d’espèces

La qualité d’âme se nourrit des bleus du ciel et des verts tendre.

 

Ca ne manque pas de pin

Ciel mon sapin ! Quel trésor la nature m’a-t-elle donné ?

Ne sachant pas que l’homme

Est un perpétuel guerrier rêvant

A de nouvelles contrées

L’arbre fait germer ses fruits

Sous un soleil revigorant

Mais, sous les nuages, la colère gronde.

 

Désertification

Quand l’homme aura dévoré végétaux et animaux

Quand l’homme aura bu  toutes les eaux

Quand l’homme aura épuisé les énergies naturelles

Quand l’homme aura assassiné tous ses congénères

Quand l’homme aura dilapidé tout son argent

Que lui restera-t-il de ses larmes verser dans ce désert ?

 

Petits ronds

Petits ronds qui tournent, tournent pas ronds

Tourniquet, mots qui butent

L’alphabet est un bourricot qui s’emballe

Les langues s’emmêlant

Les métaphores s’évanouissant

Dans les mirages de l’utopie

Arrêtes-toi petit bonhomme

De courir comme un dératé

Zieute les petits bonheurs des sentiers ensoleillés.

 

Paradis, utopie

Quelle plage de rêve ?

Nos pensées sont en balade

Parmi le végétal et le minéral

Les bleus de l’âme occultent les énigmes

Qui se trament derrière les jolies cartes postales

Jeunesse, ne laissez pas cette planète

Périr entre les griffes des armées conquérantes.

 

Prend tes ailes

Prend tes aises, mon goéland

Goéland de mes envies

De mes désirs virevoltants

Prend ta boussole, vole sans escale

Dans des lieux inconnus

Faire jaillir de ses ailes

Des ricochets de lumière

Sur les vagues océanes.

 

Cap sur le phare

Au fil de l’aventure,

Notre mer nous envoie son messager

La vie ne tient qu’à un fil…

…de canne à pêche

Y a ceux qui pêchent malgré eux !

Pourvu que ça cancane devant un verre

Et, que la vie ne soit qu’une filiation.

 

Fil à plomb

 Le ciel a du plomb dans l’aile

Les nuages sont pris pour cible

L’océan tempête

– Eh, là-haut, du ciel, qu’est-ce tu fiches à nous jeter tes saloperies ?

– Eh, oh ! L’océan, déjà que l’humain nous souille de ses déchets

– Quoi, le ciel, tu pourrais te les garder !

– Eh, ne déconnez pas !

Tu sais bien  que l’humain pêche par avarice

 

Madame Plume

Madame Plume, c’est le surnom de notre goéland

Ses congénères ne le trouvent pas assez épais

Manque de vitamine, de poisson

Il faut manger la peau, ça te redonnera

Un peu de graisse sur les os

Tu manques de soleil, fait la planche

Sur un ilot ou sur un bouchot

L’été arrive, il faut te faire une beauté

Avant que le soleil couchant ne fasse disparaître

Tes rêves et tes projets naissants.

 

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 29/05/2016

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Mon île en Ré majeur

 

« L’histoire se passe sous le règne de Constantin vers 320 a.p. J.C. Sainte Hélène crée une chapelle à St Michel. Elle confie ses reliques à son chapelain, les pèlerins affluent tellement d’ailleurs que l’ermite (moine) ne peut plus prier tranquille. Il émigre donc à la Dive. »

Depuis l’aube des temps, l’Ermite St-Michel de la Dive traverse monts et vaux à la quête des beautés de la Nature. Un jour de balade, Saint-Michel croise une femme rayonnante

– Eh, jolie inconnue ! Comment t’appelles-tu ? – Je m’appelle Hélène, Sainte-Hélène !

Et à qui ai-je l’honneur de parler ? – Je suis l’Ermite Saint-Michel !

Venez jeune demoiselle visiter l’île tant désirée !

Déjà, les premières lueurs de l’aurore roussissent la chevelure auburn d’Hélène. Ne faisons pas de bruit, chut ! Le jour se lève…

La sainte nuit n’est plus de ce monde. Sans famille et sans racines, quoique, Hélène pourrait être sa femme, il possède néanmoins quelques affaires de rechanges, une bourse d’écus dans sa besace.

Ils cheminent l’air de rien, un rien les habillent, leurs poches se remplissent de leurs rires, chansons et comptines.

Porté par la foi et leur musique, St-Michel et Ste-Hélène chantent la sublime et fragile Nature. Le temps passe, des temples disparaissent, de puissantes cités  sont vaincues par de valeureux guerriers.

Leur ciel leur semble immuable, leur terre leur semble éternelle. Cette gigantesque Nature se révolte contre les oppresseurs humains.

Leurs passages laisseront une trace indélébile dans la campagne insulaire.

St-Michel s’exclame – Ô mon ciel, donne-moi tes ailes pour te visiter  et te connaître !

Vole, vole l’oiseau, suis le ciel, la terre et l’océan !

– Et moi, Michel, je veux aussi  te visiter ! –  Oh oui, Hélène, visite-moi !

Vole, vole l’oiseau, suis le ciel, la terre et l’océan !

Le ciel et la terre s’entremêlent en un univers au bleu si profond, profond… !

Vole, vole l’oiseau, suis le ciel, la terre et l’océan !

Vole mouette rieuse, envoles-toi, Hélène, entre mes bras, ma colombe adorée.

La mer n’a pas de frontière, déniche la lumière dans l’ombre de ton cœur.

Ô majestueuse nature, ô ma flamme !

St-Michel, sauras-tu la trouver, là, dissimulée, entre les moutardes des champs et les hautes herbes… ?

St-Michel, ton cheminement sera long. Tu t’éloigneras des villes marchandes,

des attractions publicitaires. Tu n’auras ni Dieu, ni maître mais tu as une nouvelle femme, Hélène, l’amour de ta vie., de tes vies multiples.

Tu m’auras tout entier, ô ma vulnérable Nature !  Vent, tu seras ! Tempête, tu seras ! Amour, tu seras ! Et tu m’aimeras…

Fiers, amoureux et aventureux, St-Michel et sa douce adorée s’aventurent au-delà des océans, vaincront tempêtes, embruns et les rires moqueurs des mouettes rieuses.

Les douceurs marines les enivrent. Liqueur tenace … Ciel et mer en furie … Chevelure d’algue, nuages dentelés. Sa douce aimée est sous l’emprise des écumes. Ô tentaculaire astre protège-nous ?

L’Ermite confectionne une guirlande de mousses verdoyantes à son épouse, mère de toutes les mers. Tu es mon phare qui me guide dans l’immense profondeur de la nuit. Allons, allons ma belle Sainte-Hélène, allons guerroyer les bandits des océans.

Ils guettent derrière l’horizon. Le drapeau masqué par les vaguelettes. Les inconnus se dressent : innommable mât, drapeau maléfique… Le mystère et l’aventure se nichent au bout du chemin.

Ce cheminement t’emmène dans des contrées où le soleil miroite sur les vaguelettes. Petites étoiles scintillantes. Mademoiselle, mademoiz’ailes, dansez, virevoltez…Robe blanche pailletée, mille étoiles éclaboussent les mers et les continents.

Tu t’élèves  loin, loin, au-delà des nuées. Tu chantes, ô tu clames ton amour à ton inaccessible astre. Ta planète Terre n’est jamais très éloignée de tes yeux enamourés. Regarde, Hélène, ces fourmis qui te regardent béatement.Tu braves hardiment l’immense océan – Eh, eh, petits humains, voyez-vous vraiment la Nature !

Celle que vous chantonne Sainte Hélène –  Bien sûr, tu n’es jamais totalement seul !

Nous, humains, nous t’enveloppons de notre chaleur partageuse.

– Eh, Saint-Michel, viens partager mon lit, nous allons nous câliner aux rythmes lancinants Des flux et reflux de l’océan. Chant presque inaudible. Seuls les cœurs amoureux et curieux l’entendent, là, sous le creux de l’écume.

Retiens-moi, Sainte-Hélène, je ne peux te quitter !  – Regarde Hélène, la lumière étinceler sur les flots qui filent, là, regarde encore, j’ai vu, je l’ai vu, là, se dresser sur ses jambes immenses. – Qui, Michel, qu’as-tu vu  ? – Mais enfin Hélène, tu l’as bien vu, là, sous le bateau, enfin quoi, il filait à toute allure vers l’horizon. – Mon pauvre Michel, tu as pris encore un coup sur la tête. – Hélène, je ne divague pas, je l’ai vu avec une forme de fourche effarouchant les bancs de sardines. – C’est le diable en personne !

– Vite, vite, cachons-nous derrière les dunes avant qu’il revienne nous dévorer tout cru !

Michel entraperçoit les lèvres de son adorée se pincer. Visions éphémères balayées par le vent océanique. Un goéland piaille

– Allez, Saint Michel, largue les amarres, met les voiles, eh, entends-tu, dans le lointain, les mots chuchotés de ta bien-aimée ? – Qui parle, qui êtes-vous ? – Non, tu ne divagues pas ? – Êtes-vous un Dieu ailé ou un zéphir? – Je ne suis pas un oiseau, je suis la voix qui l’habite, viens, viens embrasser mes ailes bleutées !

– Comment puis-je te rejoindre ? – Tu peux me rejoindre en pensant très fort à elle !

– Suis-moi, je sèmerais des indices pour guider ton cœur troublé !

– Comment saurais-je les reconnaître ? – La même voix jaillira de ses objets végétaux, minéraux ou autres

Copyright@ Francis Lempérière –  fralemp@gmail.com – 06/06/2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

76 – Bal masqué

Groupe d’yeux suspendus

comme des pinces à linges.

En attente. Hors-sol.

Un horizon sans chair.

Un corps convalescent qui demande

un jaillissement concret, sans fioritures.

Pas laisser le ballet s’emballer.

Guetter le moment propice

pour baisser la garde.

Prendre la mesure des regards

qui se dérident sous les bulles sautillantes

d’un champagne aux reflets mordorés.

Francis Lempérière                                                   jeudi 8 octobre 2020

75 – Bulle

La bulle est un rêve éphémère qui s’évanouit d’un rien

Un air léger, un rien mutin qui déride les visages crispés.

Ça s’avale, dévale ta langue pendue en un toboggan

de petits mots, de gros mots, de bons mots.  

Avalanche de bulles qui pétillent sous la langue.

Tu en coinces quelques-unes sous ton palais de mots suspendus. Silence.

Ta langue prend des postures de gargouilles.

Ça grouille de petits monstres picotant tes papilles.

______________________________                                            

Tu déambules  dans ta bulle sans préambule

Tu affabules, vois des terriens faire tintinnabuler leur téléphone

Ça ne rêve ni de conciliabule,   ni  de libellule en recrudescence.

Ça joue les biscotos  et les Pickbulls.

Mais ce ne sont que des bébés-bulle qui s’entêtent

dans d’arides rêves de funambules.

Ici, pas de lieu pour les noctambules

L’astre roi a fait place nette.

  ______________________________

Les enfants-bulles seront les rois-bulles de demain.

De contes en histoires, les desseins, enfin que dis-je,

Les destins sont multiples,  pleines de joies et d’embûches.

Crever la bulle de nos tracas quotidiens qui nous enferment.

Délimiter sans cesse nos territoires, tracer ses pas dans un rond parfait.

La nature n’aime que les imperfections, les rêveurs impertinents,

Les bourlingueurs sans frontières, les aventuriers du verbe,

les agitateurs culturels,  les semeurs d’étoiles.

Francis Lempérière                                                Mercredi 7 octobre 2020

74 – Volez oiseaux

Volez oiseaux de bonnes constitutions

entre le béton lourd, froid et le chemin léger du ciel.

Tout reste à tracer.

Le bitume et l’humanisme s’étiolent.

Les fleurs des pavés ont mis leur masque de carnaval sans fête, sans musique.

Les drones dansent dans le ciel bleu délavé.

Le grand frère borgne a mis son grain de sel.

La radio grésille des ordres de pensée unique

Laisser danser les hommes.

Tous les arts sont musiques de l’âme.

Souffle, adapte tes pas au temps de l’être.

La nature et ses couleurs envahissent les trottoirs de ta cité.

Jetez couleurs et confettis sur la ville assoupie.

Non, ne laisse pas les ombres te submerger.

Étend tes avenues branchues, écorce et veines filandreuses

de tes rues tracées au cordeau.

Tu seras tronc et feuille libre de toute accroche.

T’effeuilleras la nuit de ses sombres rivages.

Laisse béton, mon frère encagé entre tes quatre murs.

T’allumeras la mèche des fêtes avortées, des révolutions démasquées,

des traitrises démagogiques, de nos mots désapprouvés, désassemblés.

Les syllabes flamboient. Troncs noircis… La nuit chancelle

Couleurs et mots s’endiablent. Tu te masques de mots et de silences,

jetant ton dévolu sur ce Farwest urbain.

Tu déblaies la nuit de son béton, l’enjolivant de coulures de rouge, jets de bleu,

taches de verts, de jaune ardent. Tout un nuancier de couleurs y passe.

Nos mots alors embraseront l’obscurité de nos rêves de demain.

Francis Lempérière                                                                       09/05/2020

72 – Du fer au silence

Du fer au silence

Pas de vacances, cet été,

une panne a grippé le système.

Le climat brûle ses cartouches.

Attention l’imprévu ne tue pas.

Des creux des ornières, mots et paroles chuchotent des silences.

Tu déplies la toile, écris, légères feuilles de papier

lévitant au-delà des matières.

Le regard déjoue les clichés muselés, projette les mots en un élan

sur le fil de l’araignée-funambule.

En son antre, miroitent les lueurs d’une lampe rouillée,  

Ici, le chêne se mêle au métal chauffé

par les ultimes lueurs de l’après-midi.

Tu racontes les scissions des deux matières

 opposées et pourtant qui s’entremêlent.

Des chaînes de perles argentées chutent en des bris de verres.

Des crevasses sont encastrées des vers de nos maux.

Poète réfractaire, tu choisis la tangente, la courbe sensible

du langage pour être l’Autre de l’ailleurs.

Juste, être là, sur le rebord du jour vacillant

dans l’intranquillité de la nuit qui s’étiole sur les herbes hautes.

Les rêves te ferment les yeux en des voyages interrogatifs.

Tu prends la tige par la racine, l’âme s’effeuillant par la terre, le cœur enchâssé.

 Tu zieutes les étoiles, le ciel est si vaste qu’il oublie la petite bête.

Tu me regardes mais tu ne vois pas ta petitesse d’âme.

Sais-tu voler avec tes propres membres ? Non, il te faut un avion.

Un épi ne te suffit pas pour vivre heureux, simplement. Où veux-tu aller ?

Et ta campagne n’est-elle pas belle aussi ?

Quelles attaches as-tu ? Mes racines se confondent avec celles des chênes centenaires.

Le vent danse dans mes cheveux, tu me dénudes, tendres vers issus de mon crâne, voyage d’une rive à l’autre, entre le chemin et le soleil.

Tu verras alors dans l’ombre s’esquisser le mystère du récit qui s’ébauche.

Francis Lempérière                                                                       Dimanche 16 août 2020

71 – Poèmes sur la Première fois

La première fois

Rappelle-toi, c’était comment ?

Doux et brutal à la fois,

un flash, un baiser fugace

Qui te laisse quelques traces fiévreuses

Et, alors, l’as-tu revu ?

Non, trop de trottoirs empruntés,

de courses à n’en pas finir,

De lèvres embrassées

De passantes rencontrées.

La surprise de l’aventure

s’émousse devant le temps compté

La pluie lave les trottoirs des traces

Pas à pas, tu n’es plus que

la fièvre du vent

Qui embrase tes lèvres

Flux et reflux des océans ont effacé

Les empreintes de nos chères inconnues      

Francis Lempérière                                Mardi 10 mars 2020

70 – Poème – « Juste après la fin du monde »

 

En l’année 2157, les deux plus grandes puissances mondiales russes et américaines s’affrontent en une guerre sans merci. Une nuit, la bombe H est lancée sur les nations. Une nuit sans étoiles.

Cette nuit-là, un bruit sourd, violent comme la déflagration d’une bombe titanesque

fait trembler les murs de la cave de la maison familiale où nous sommes réfugiés. Des seaux de poussière, des montagnes de saletés couvrent nos vêtements.

Et puis plus rien… Nous tendons nos oreilles, pourtant fines, aux bruits les plus indistincts.

Non, rien, pas un couinement de souris, pas un souffle d’air, pas une parole, vraiment rien ne surgit de ce silence pesant.

– Eh les gars, que faisons-nous ? Vas-y John, allume ton briquet, s’il te reste un peu de feu ?

Il l’active, la flamme grandit à mesure que nos ombres faiblissent.

– Bon sang, quel capharnaüm !

Des tas de conserves éventrées jonchent le sol.

Nos corps maladroits et lourds peinent à se mouvoir tant les gestes sont comme statufiés.

Nous arrivons, pas à pas, jusqu’à la porte que nous défonçons à nous quatre.

Nous avançons péniblement jusqu’à la porte du garage. Déjà, gondolée, elle se plie, se brise sous nos coups répétés.

Un grand silence de poussières et de cendres mêlées s’offre à nous.

Un présent en ruine qu’il nous faut reconstruire.

La ville est méconnaissable tant par ses maisons écroulées que par les rues encombrées de caillasses, de voitures fracassées.

John me fait signe – Eh, regarde, tu vois bien deux ombres passé le long de la façade d’une maison, nous ne sommes pas les seuls survivants.

– Enfin John, je ne vois rien ! Tu rêves.

– Eh, tiens, tu n’as pas entendu à l’instant un jet de cailloux.

– Là, oui, je viens d’entendre.

Courons, rattrapons-les et nous serons plus fort. Un des deux hommes trébuche sur une pierre mal équilibrée le coin d’une rue.

John le relève, lui demande son adresse, son nom et prénom, mais aucun son de sa voix ne sort. John se radoucit tout en insistant, mais l’individu reste désespérément muet, mime qu’il n’habite pas ici, mais là-bas en pointant son doigt vers la forêt. John, pratiquant la langue des signes, depuis quelques années, n’a aucun mal à traduire ses paroles auprès de ses amis.

– Depuis combien de temps es-tu caché ?

– Plusieurs années

– Comment ça, aussi longtemps !

– Nous avons appris à vivre avec les arbres prétextant que notre peuple était menacé d’extinction, nous avons élaboré ce système de galerie pour aussi nous cacher. Maintenant, nous sommes le peuple des arbres et parlons leur langage.

– Mais sous la terre ? Comment se développent-ils ?

– Nous avons élaboré des systèmes de galeries aérées où les arbres s’adaptent à un milieu plus sombre tout en pratiquant des puits de lumière pour les nourrir.

– Et, combien êtes-vous à vivre de cette façon-là ?

– Peu, les tribus ont parlementé des nuits, des lunes entières. Ils ont invoqué leurs dieux et leurs sages. Et, voyant que les hommes blancs devenaient de plus en fous, cruels, ils se sont regroupés, priant leurs divinités de les sauvegarder. De ce fait, cette décision sage a permis de sauver nos vies et celles de la forêt.

 

Copyright@ Francis Lempérière – 24/06/2020

 

69 – Poème sur les Jeux de plages

 

Je m’évertue à jouer les

Emmerdeurs estivaux qui se croient

Uniques et fiers de leurs conneries quitte à pratiquer le

Xylophone en une sarabande cacophonique qui

Détonne dans les

Esgourdes. Ça

Pince les commissures des

Lèvres. Et toi, à présent, le nouveau

Arpenteur des sables au teint halé de

Gagneur

Et quoi, tu me touches pas

Saleté de couillonavirus.

 

Copyright@ Francis Lempérière – 22/06/2020

 

68 – Poèmes sur les Modes

Pas de mode d’emploi

 

Les mots s’allègent

tant de paroles de vies rencontrées

tant de paysages sans frontières

et des sourires à perte d’horizon.

 

Pas de mode d’emploi,

tes semelles jalonnent sentiers et récits

la vie te traverse sous un ciel satiné

tes vers brisant la rhétorique de nos routines poétiques.

 

Pas de mode d’emploi,

tu te prends les pieds dans la césure

Tu pirouettes entre toi et le monde,

l’air surfe sur l’écorce de ton être,

le vent culbute sur ta peau.

 

Pas de mode d’emploi,

pour les conquérants du verbe,

ça mitraille d’adjectifs,

ça fourmille d’êtres infimes

 

Pas de mode d’emploi

pour écarteler les barbelés

d’une enivrante liberté

haut les mains, bas les masques.

La vie ne dispose pas de mode d’emploi

tu te démarques et défrises

tes habitudes serviles.

 

Non, non, pas de mode d’emploi

pour chanter et se sentir vivant.

 

Copyright@ Francis Lempérière – 02/06/2020

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 Laissez-moi tranquille, la couleur me va si bien

Enfin essayer cette veste rouge, elle

Se marie bien à votre teint, prenez plutôt cette

 

Marque de qualité qui ne vous laissera pas en rade

Oh, vous croyez qu’elle sera plus résistante aux lessives

Destructrices. C’est une des couleurs les plus à la mode et si

Élégante. Non, désolé, je viens de me rendre compte que mes

Sous sont restés sagement à l’intérieur de mon portemonnaie et à la maison.

 

Copyright@ Francis Lempérière  –  04/06/2020

 

67 – Poèmes sur Voler

On ne démasque pas l’impertinent  hurluberlu

qui dévoile ses errances consuméristes.

Ne brûlez pas vos ailes,  les truands se font la malle

dans les paradis où fleurissent billets et tentations faciles.

Non,ne  volez pas Narcisse, son miroir en serait brisé

Ni, Icare, un flambeur né aux ailes fragiles.

Ne dérobez pas leur image, leur miroir inversé,

leur Alice et leur Narcisse mi-ange, mi-démon.

Qu’est-ce le réel, et, quand débute l’imaginaire ?

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Volontaire, sincère mais

Oeuvrant au bien-être commun

L ‘artiste se dévoile et s’

Envole à grand

Renfort de métaphores et de références en tout genre.

 

Copyright@ Francis Lempérière  –  27/05/2020